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Avant que ‘Je’ soit

 

Il fut un temps où ‘Je’ ne se connaissait pas. Il fut même un temps où ‘Je’ n’était pas. Ce temps, sans temps, est toujours là maintenant. Les autres ‘temps’ n’ont fait que s’imprimer en lui.

Il est le lieu de moi,intemporelle, sans place, sans forme, sans qualité.

C’est ce lieu de moi, que j’appelle l’Ici.

C’est de cet Ici, au sein de cet Ici qu’apparaît la conscience telle une bulle dont la surface est irisée de tout ce qui s’y manifeste.

La reconnaissance de Soi est un phénomène universel dans le fait qu’elle n’est pas le fait d’un individu séparé. il s’agit d’une phase du processus unique de manifestation qui génère tout autant son oubli que sa reconnaissance. Cette reconnaissance peut être expérimentée quand la conscience au sein d’un être devient suffisamment consciente de sa nature essentielle. C’est à dire qu’elle sort de sa fascination d’identification et va ainsi s’éclairer elle-même sans être amoindrie par un fonctionnement en mode d’identification qui la limite à un individu ou tout autre support.

Pour celle qui porte en elle  la capacité de révéler son origine, tout ce qui a pu être, en apparence, objet ou cause d’oubli, peut en moins d’une fraction de seconde devenir une opportunité de ‘retour’ à Soi.

Les sons me parlent de mon silence. Les émotions me renvoient à ma paix naturelle.

Chaque visage n’est plus pris pour un autre, mais pour un des reflets de ma nature sans visage.

 

Le monde dans sa totalité me parle de ce que ‘Je suis’. Il n’y a plus rien qui me soit étranger, plus rien qui ne soit pas le reflet d’espace et de temps de mon intemporelle et indicible nature.

De la plus violente, à la plus douce.

De la plus lumineuse à la plus sombre.

De la plus douloureuse à la plus agréable.

 

C’est mon ’Inconnaissance suprême’, qui est avant quoi que ce soit, qui se reconnaît en se reflétant alors dans le miroir de la conscience. Une conscience qui peut remplir ce rôle par le fait d’avoir retrouvé son unité. Comme un miroir qui se serait brisé en une multitude de morceaux, donnant l’illusion de multiples reflets séparés et qui une fois rassemblé pourrait à nouveau donner  à voir un reflet unitif de Soi.

 

Cette découverte de Soi est à la portée de tout être. Comme l’enfant ou l’animal qui se découvre dans un miroir, ‘Je’ peut se réunifier dans le miroir de sa propre clarté. Se reconnaîtra-t-il ? Et quand ?

Le moment de l’endormissement et du réveil, sont des moments privilégiés pour saisir ce qui est antérieur aux différents états qu’il est possible d’expérimenter.

Cela me donne accès à un vécu naturel de première main qui m’est disponible quelles que soient mes conditions de vie.

Tant que le sentiment d’être quelqu’un qui peut choisir de faire quelques choses est présent, la position à adopter est très simple :plutôt que de porter l’attention uniquement sur des objets de perception, il convient de la porter dès que possible sur le contenant de ces objets. C’est à dire sur ce ‘en quoi’ les perceptions apparaissent, quelles soient une pensée, une forme, une couleur, une émotion. Cela surtout sans engager une lutte contre aucune de ces perceptions. Ce serait peines et énergies perdues, dans un combat qui ne ferait que les alimenter et les nourrir. Un combat qui surtout entretient le sentiment de l’existence d’un individu séparé qui revendique ou s’oppose à certaines de ses perceptions. Comme tout changement d’habitude, cela peut sembler au début demander un effort, face à des résistances. Cela peut être ressenti effectivement comme un aimant qui se sépare d’une masse métallique.

La tendance à considérer cet effort comme personnel est encore une empreinte d’identification à une volonté personnelle. le processus se poursuivant, il devient alors évident qu’il s’agit juste d’un changement de la conscience en elle-même qui dans ce mouvement de retour à elle, génère ce genre de modification de perception et d’attention.

Laisser donc l’attention se porter sur le contenant plus que sur le contenu, est en soi le témoignage, la preuve que ce processus de retournement est déjà à l’œuvre. En réalité, plus qu’un objectif, c’est une conséquence d’un changement de direction sous-jacent. Tout comme un sourire apparaît dans le miroir quand la joie s’exprime Ici.

Le recentrage de la conscience que cela produit, va permettre de voir défiler depuis le point stable qu’est ce non lieu de moi, le ballet incessant de la manifestation, de ma propre manifestation.

Dans les phases plus particulières de changement d’état, il m’est plus facile de me rendre compte que ce que je prenais pour une réalité indépendante, et en faites une projection cinématographique passagère sur l’écran multidimensionnel de la conscience. Exactement comme sur un écran de cinéma où, entre deux films, le spectateur sort d’une absorption totale du film qui lui faisait prendre pour réel ce qui se déroulait devant lui. Il pourrait s’en rendre compte, dans la succession très rapide des images qui construisent le film, mais ses sens ne sont pas assez fins pour cela.

L’image du diaporama peut aussi être très parlante pour évoquer cela, avec notamment la phase de transition entre deux images. Les premiers appareils de projection laissaient même un instant la lumière blanche un court instant à l’écran, avant qu’une autre image ne vienne. Cet état de lumière blanche peut être comparé à la phase entre deux états de conscience qui laisse voir le non état qui est le support des différents états (veille, sommeil, rêve), et des différentes expériences au sein de ces différents états. L’intérêt pour cette phase transitoire est révélateur du processus de transformation à l’œuvre. Ce qui était vu comme concret, réel, irréfutable, perd avec ce nouveau point de vue, toute existence indépendante de la conscience. C’est pour cette raison aussi, que tant que cela n’est pas le moment, ces phases perceptibles et perçues très facilement, sont occultées systématiquement par la conscience elle-même. Comme une sorte de passage à la censure de ces scènes obscènes de ma non existence la plus crue. C’est ce qui permet de faire perdurer le processus d’identification de la conscience, et toute l’histoire qui lui est liée.

Comme le héros d’un film qui ne peut exister en dehors du film. Ce n’est pas le héros du film qui ne souhaite pas la fin du film dans lequel il apparaît, mais bien celui ou celle qui s’identifie au personnage ou bien qui est fasciné par le récit. Ici celui ou celle qui s’identifie à la vie d’un individu et à son histoire, n’est pas quelqu’un, mais la conscience universelle. Voir clairement cela, c’est voir qu’il n’y a aucunement besoin de vouloir changer quoique ce soit au destin du héros ou du récit. Ce serait encore croire à l’histoire. Tout changement, toute évolution continuera de se faire naturellement. D’Ici ce spectacle sera clairement perçu comme n’ayant aucun pouvoir d’interférence en dehors de sa propre sphère de projection.

Ici il ne se passe jamais rien, il ne s’est jamais rien passé, il ne se passera jamais rien.

Ce processus de retournement pour être mené à bien doit se poursuivre totalement, et non pas se focaliser sur cette absence de projection sur l’écran, auquel ‘Je’ pourrais encore s’identifier.

Je me suis laissé un temps prendre à cette fascination, en voulant absolument fixer l’attention et faire perdurer une image de vacuité, de vide. C’était encore une fois vouloir faire de l’insaisissable un objet que je puisse m’approprier et auquel je puisse m’identifier. Cette identification à l’état de vacuité à la possibilité d’être entretenue par la fascination de la conscience pour l’image de sa vacuité, mais surtout par les traces de conscience identifiée à une personne qui croit trouver là la solution à tous ‘ses’ problèmes et un refuge sûr, dans ce qui n’est qu’une image de projection de la véritable vacuité.

Tout ce qui est construit et fragile. Tout ce qui est perçu, est transitoire et ne peut être considéré comme un fondement, une base fiable. Cette fragilité et temporalité que la personne redoute tant et va s’efforcer de contrer de toutes ses forces, se trouve être en fait la grande porte qui me permet  non pas de trouver un autre appuis, plus fiable plus réel, mais ce qui Ici n’a pas besoin d’appuis. En effet, Il ne s’agit plus de m’appuyer sur quelque chose, mais de prendre appuis en moi-même, en ma véritable nature. Elle qui n’est rien avec tout ce qui s’y présente ou pas !  C’est, ce que les différents événements de la vie manifestée vont naturellement me conduire à vivre. Jusqu’à découvrir que ‘Je suis’ ce en quoi prend appuis le monde, ce en quoi repose le monde.

L’abandon de ses appuis illusoires, se fait tout d’abord de manière forcée et contrainte, tant que la fréquence d’identification est très présente. Ce fonctionnement en mode identification à pour conséquence, de me faire vivre les événements du monde, comme extérieurs à moi. Puis, cela prend une tournure de plus en plus fluide et harmonieuse au fur et à mesure que ce mouvement du monde est perçu comme ‘mon’ propre mouvement. Alors, tout abandon, tout lâcher, est perçu comme, un déshabillage bienvenu de vêtements trop lourds qui entravent ce mouvement. Un mouvement qui d’apparence chaotique peut, sans que les actions soient différentes, devenir une danse de célébration. Du seul désir de me découvrir en la conscience, les qualités, valeurs et certitudes dont  ‘je’ me suis revêtues, perdent leurs caractères absolues pour être perçues comme relatives.

Elles sont perçues alors comme les éléments de décors et de costumes de ma propre mise en scène intitulée ‘D’espace et de temps’.

 

 

 

 

 

 

 

 

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